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Une party de Noël. Boira, boira pas ?

14 décembre 2014

Mon chum s’est finalement déchargé le coeur la semaine dernière et m’a révélé à quel point ma sobriété le dérangeait. Pourtant, au début de l’année, il semblait le prendre vraiment bien et faisait beaucoup d’efforts pour me soutenir. Il en faisait même un peu trop. Mais voilà que maintenant, après tous ces mois de silence, ma sobriété le dérange. Je pense que c’était le cas depuis déjà un bon bout de temps et qu’il n’osait rien dire, car dans les jours qui ont suivi, il n’a pas arrêté de m’en parler. Tous les jours, tout le temps, partout… J’ai l’impression de retrouver les sermons de mes parents.

Le semainier des p'tits sermons.
Le semainier des p’tits sermons.

Ah ! Voilà ! Le chat est sorti du sac ! C’est son party de Noël qui le stresse. Il ne veut pas que les gens remarquent que je ne bois pas et qu’on se mette à me poser des questions. Ou encore, il a peur de ce que les gens penseront de moi. Mais par-dessus tout, je crois, il veut surtout boire en joyeuse compagnie. Est-ce que d’être avec quelqu’un qui ne boit pas du tout dans un party, c’est vraiment plate ? Je ne me rappelle même plus ce que je pensais de ça quand, moi aussi, je buvais. C’est vrai que de toute façon, ma résolution finit dans deux semaines. Qu’est-ce que je devrais faire ? Si près du but ?

Le party de Noël a lieu dans un grand hôtel du centre-ville. La compagnie de Jean-Marc a beaucoup d’argent et ça se voit. La décoration de la salle est impressionnante. Une grande salle tout illuminée. Une salle de contes de fées, aux couleurs d’or.

En arrivant, on nous offre, bien sûr, une coupe de champagne. Jean-Marc en prend une et me la tend… accompagnée d’un regard noir et intense. Je me sens paralysée d’indécision. Alors, je fais ce que je fais toujours dans les situations difficiles, je sors mon plus beau sourire et je dis que je dois d’abord aller aux toilettes. Le froid, n’est-ce pas, ça donne toujours envie ? Jean-Marc lève les épaules et me dit à voix pas tout à fait basse : « Essaie donc de ne pas gâcher ma soirée ! » et s’en va rejoindre un groupe de collègues. Je rougis de honte… et de colère. Ma décision est prise. Je dis au serveur : « Je ne bois pas ! Donnez-moi un verre d’eau minérale pétillante ! » Le serveur me sourit : « Vous savez, j’ai aussi un petit moût de pommes du Québec. C’est délicieux, ça pétille, la couleur rappelle celle du champagne et ça se sert dans une coupe. » Et il me lance un clin d’oeil. Va pour le moult de pommes ! Et je vais rejoindre Jean-Marc et ses collègues. Il regarde la coupe que je tiens à la main et me lance un grand sourire soulagé et reconnaissant. Bon, ça marche. Tant mieux!  Je ne veux pas faire la guerre à mon chum durant son party de Noël

La soirée est gaie. On nous offre continuellement des petites bouchées délicieuses et encore des coupes de champagne, de vin blanc, rouge, etc. L’alcool coule à flots et comme c’est gratuit, les gens ne s’en privent pas. Tout le monde est joyeux ! Je ne peux pas m’empêcher de regarder une jeune femme qui a l’air particulièrement populaire, surtout auprès des hommes. Elle semble avoir tellement de plaisir. Elle parle, elle rit, on l’embrasse. Bon, elle est un peu pompette, mais je ne peux pas m’empêcher de l’envier. Elle est jeune, gaie, vive ! Je me sens un peu terne à côté d’elle, un peu trop calme. Je comprends ce que Jean-Marc voulait dire à propos de vouloir s’amuser. D’ailleurs, lui aussi l’a remarquée.

Les petites bulles de champagne.
Les petites bulles de champagne.

Bon, elle a peut-être bu un peu trop de champage. Mais, c’est normal dans un party. D’ailleurs, dès qu’elle a fini une coupe, il y a quelqu’un pour lui en offrir une autre. Mais, elle a l’air si heureux ! Jean-Marc se tient tout près d’elle. Ils rient ensemble. Je me demande si je ne devrais pas aller échanger mon verre… Mais voilà que le président de la compagnie, un jeune Québécois, va prendre la parole. On demande le silence…

Attention ! Le président va parler.
Attention ! Le président va parler.

On demande à la jeune femme de parler un peu plus bas. Le président commence son petit discours. Elle, elle se tient debout derrière moi.  Elle est toujours aussi gaie, mais pas très solide. Quand le président de la compagnie lève le verre, elle le lève aussi. Un peu trop allégrement, elle m’arrose un peu. C’est pas grave. Elle boit du champagne. Du vin rouge, j’aurais trouvé ça moins drôle.

Tout à coup, quelqu’un me met la main sur l’épaule et me dit : « Attention, ne reculez pas! En fait, écartez-vous un peu. Vers l’avant. » J’avance un peu puis je jette un coup d’oeil derrière moi.

Quand on boit trop...
Quand on boit trop…

Pauvre fille ! Elle a l’air complètement hébétée. Un cercle de sécurité se fait autour d’elle. Elle vacille un peu. Tous ces hommes qui l’entouraient ont soudainement disparu. C’est une autre jeune femme qui vient la chercher pour l’accompagner aux toilettes. Discrètement. Le président n’a même pas interrompu son petit “speech”. Jean-Marc est revenu à côté de moi, mais il ne me regarde pas. Il examine ses beaux souliers neufs en cuir d’Italie, faits à la main. Il se tenait vraiment très proche de la pauvre jeune femme.

Je ne l’ai pas revue de la soirée, mais tout le monde parlait d’elle. On l’excusait et la blâmait en même temps. Un mépris malfaisant. C’est qu’il y a des règles. On peut boire autant qu’on le veut, avoir du bon temps, être gai mais il ne faut pas embarrasser les gens. Il ne faut pas dire de choses déplacées, ne pas se mettre à pleurer, etc. Il faut surtout attendre d’être rendu chez soi pour vomir.

Jean-Marc a suggéré de prendre un taxi pour revenir à la maison. Il se sentait ébranlé et un peu étourdi. J’ai dit que ce n’était pas nécessaire, que je pouvais conduire. Le moût de pommes, ça ne saoule pas.

Oui, ça arrive à tout le monde de boire un peu trop et, en général, ce n’est pas la fin du monde. Ça n’a pas toujours de conséquences aussi spectaculaires. Mais le problème avec l’alcool, c’est qu’une fois que tu as commencé à boire, c’est difficile d’arrêter. Et tu ne peux pas être absolument certain que tu ne feras rien de stupide ou de déplacé, parce que quand tu as trop bu, ton jugement ne vaut plus rien.

Je vais garder ma résolution jusqu’au bout et attendre la fin de l’année avant de recommencer à boire. Les partys de Noël seront finis à ce moment-là.

Et, en attendant, je me convertis au moût de pommes !

Mon “coming out” auprès de mes collègues

8 mars 2014

Hier soir, j’ai fait mon “coming out” auprès de mes collègues de travail. J’ai finalement révélé ma résolution du Nouvel An : je ne boirai pas d’alcool pendant un an.

La sobriété volontaire.
La sobriété volontaire.

Ça fait déjà deux mois que je ne bois plus, mais je n’en avais pas encore parlé au bureau. L’occasion ne s’était jamais présentée. Après les abus du temps des Fêtes, tout le monde est plus ou moins au régime. On mange plus souvent au bureau le midi. Un petit lunch sérieux, comme une petite salade minceur. Et quand parfois, on décide de se payer le resto, comme le vendredi midi, par exemple, personne (ou presque) ne boit d’alcool, vin ou bière.

Je n’ai pas d’amis proches parmi mes collègues de bureau. Et si on se voit parfois en dehors du travail, nos conversations restent assez superficielles. Je vois encore ma décision d’arrêter de boire comme un choix personnel et à part quelques amies choisies, je n’en ai pas parlé autour de moi.

Et puis, je suis un peu superstitieuse. J’ai peur qu’après avoir annoncé ma résolution à la ronde, je ne sois plus capable de la tenir. Et là, j’aurais tellement honte !

Alors, je préfère attendre le plus longtemps possible avant de confier aux gens ma résolution de sobriété. Un peu comme quand pour un bébé, on attend trois mois avant de l’annoncer…

Mais hier soir, il y a eu un party au bureau. On a fini un gros contrat et dans les délais prévus en plus. Alors le client, reconnaissant, nous a envoyé deux caisses de champagne. Donc, vendredi soir, célébration dans les locaux de la compagnie. Un 5 à 7 avec champagne et petites bouchées fancy achetées chez un traiteur du Plateau…

J’ai hésité…

J’avais trois options qui m’auraient permis de garder encore secrète ma résolution

Option 1 : Faire une petite entorse à ma résolution pour cette occasion spéciale. C’était bien tentant. Ce champagne est de qualité et il est gratuit ! Et les bulles sont toutes petites, très légères.

Option 2 : Laisser mes collègues me servir un verre de champagne, en pensant que je serai assez forte pour me promener toute la soirée avec un bon verre sous le nez sans être tentée d’y goûter, d’en boire. Mais je trouvais que c’était un peu risqué.

Option 3 : Faire semblant de boire de l’alcool. Faire comme au party du Jour de l’An dans ma famille. Me promener avec un verre d’eau pétillante dans une coupe à champagne.

Puis j’ai réfléchi… Pourquoi est-ce que je cacherais ma décision ? Est-ce que ce serait si terrible d’annoncer que je ne bois pas ? De quoi ai-je peur, finalement ? C’est une décision personnelle. Et c’est juste un verre de champagne. Juste de l’alcool…

Et j’ai choisi de simplement dire la vérité, sans faire de grande annonce.

La nouvelle fait rapidement le tour du bureau. Certains collègues sont même très heureux de partager leur expérience.

Tu tougheras pas...
Tu tougheras pas…

Ah !!! J’avais oublié l’esprit compétitif du milieu de travail !

Venant de la « Grande Sylvie», ça ne veut pas dire grand-chose, mais ça me secoue quand même un peu. Je préfère m’éloigner discrètement et essayer de trouver des collègues plus encourageants…

J’aperçois du coin de l’oeil une chaise de libre à une table où sont réunis certains des membres de ma petite équipe de travail. D’ailleurs, il me semble qu’ils me font signe. Ils ont tous la tête tournée dans ma direction.

Mon équipe s'inquiète.
Mon équipe s’inquiète.

Ils me regardaient peut-être avant que j’arrive mais maintenant que je suis assise avec eux, ils ne me regardent plus. Ils me parlent mais sans me regarder.

Je suis estomaquée ! Ma propre équipe se méfie de moi, maintenant ? Simplement parce que je ne lève pas un verre de champagne avec eux ? Je pourrais argumenter, mais il y a trop d’agressivité dans l’air. Et je suis tellement ébranlée que je ne me fais pas confiance. J’ai peur d’avoir de la difficulté à garder un ton professionnel. Un party de travail, ça reste du travail.

Incapable de changer le sujet de conversation, je me cherche un prétexte pour quitter la table. Je dis la première chose qui me vient à l’esprit :

Je refais le plein d'eau?
Je refais le plein d’eau?

Encore ébranlée par la réaction des membres de mon équipe, je me promène timidement d’un groupe à l’autre. Mais finalement, ça va plutôt bien. On parle de tout et de rien, mais pas de ma résolution. Je respire un peu mieux.

Les rumeurs du bureau
Les rumeurs du bureau

Et voilà ! J’aurais dû y penser. Dans mon dos , les rumeurs vont bon train. On ne croit pas que j’arrête de boire sans y être obligée par des circonstances importantes. Se priver d’alcool sans être obligé de le faire, c’est fou. Oui, c’est ça… Je suis folle. Ou alors, je cache quelque chose de terrible. Ou bien, pire, je mens !

J’ai une envie terrible de rentrer chez moi, mais je n’ose pas. Je sais qu’on parlera de moi dans mon dos. Déjà que je ne bois pas, si je pars trop tôt, on dira que je ne suis vraiment pas « game ». Je prends mon mal en patience. Et je décide de faire ce dont on me soupçonne de toute façon : j’observe mes collègues

Tout le monde semble avoir du plaisir. Avec l’alcool, tout est un peu plus drôle. Les inhibitions tombent. On rit plus facilement des blagues plates des autres. On se tape dans le dos. On s’embrasse. Je commence à les envier. Je réalise que depuis ces deux courts mois d’abstinence, mes soirées me semblent moins drôles… J’aurais envie d’avoir du plaisir moi aussi. De faire partie de la gang. Tout à coup, une vague de tristesse me submerge…

Réponse à un épais!
Réponse à un épais!

Ah, que ça fait du bien ! Ma tristesse a fait place à la colère. Mais, encore une fois, j’ai pas eu besoin d’alcool pour dire quelque chose que je vais regretter demain matin. Mais, comme je suis sobre, c’est différent : je le regrette déjà !

Il est plus que temps que je parte…

Je regarde autour de moi en mettant mon manteau. Les gens boivent plus que d’habitude. En général, dans nos parties de bureau, les collègues boivent, mais pas autant que ce soir, il me semble. Est-ce mon imagination ou c’est vraiment différent ?

Les collègues se divisent en deux groupes : ceux qui boivent trop et ceux qui boivent beaucoup trop. Le niveau de bruit augmente rapidement. Ça parle fort. Ça rit fort aussi. Ça se colle un peu plus. Il commence même à y avoir des verres qui se renversent. C’est pas grave, il y a encore du champagne.

On dirait que le 5 à 7 va se transformer en 5 à minuit, ou plus…

Je ne suis pas la seule à quitter le party. Nos deux patrons aussi ont leur manteau sur le dos.  Ils laissent gentiment les employés fêter entre eux. Paul ajoute inoccemment que sa femme l’attend à la maison.

La réaction de la Grande Sylvie, sa secrétaire, est fulgurante !

Sylvie, la secrétaire et Paul, le patron.
Sylvie, la secrétaire et Paul, le patron.

Grand silence ! Personne n’ose parler, ni se regarder. Mais tout le monde pense la même chose. Les rumeurs étaient donc vraies ! Je ne veux pas voir la suite des évènements. C’est mon signal de partir ! Je me sauve, mais… moins vite que Paul.

Une fois à la maison, je me suis mise au lit rapidement. Mais j’ai eu du mal à m’endormir. Une question tournait dans ma tête :

Deux rumeurs.
Deux rumeurs.

Je ne sais pas si c’est l’abstinence qui me rend cynique…