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L’alcool à l’époque de ma mère.

22 mars 2014

Mon Dieu, que l’hiver est long cette année ! Long et froid ! Il paraît qu’on bat des records ! C’est terrible !

Et c’est probablement pour ça que ce matin, en regardant par la fenêtre, je me suis laissé attendrir.

Un petit minou me parle...
Un petit minou me parle…

Ça, c’est trop fort ! C’est maintenant, alors, que je ne bois plus, que je mets à avoir des hallucinations auditives ! Mais, sérieusement, le pauvre petit minou faisait vraiment trop pitié ! Je n’ai pas pu résister ! Je vais le prendre pour quelques heures. Le temps que j’écrive mon journal et que lui se réchauffe. Le temps qu’il mange un peu aussi. Je vais lui donner une petite boîte de sardines… Après, je vais le remettre dehors. Il doit bien avoir une maison, ce chat-là !

J’ai hâte de fêter mes trois mois de sobriété ! Mais le mois de mars est long, long à n’en plus finir ! Cinq fins de semaine en mars ! Et le temps passe lentement… Mars est un long mois gris. Comme un mois de pénitence avant le mois d’avril qui est vraiment, ici, celui du début du printemps. Le mois où les crocus vont finalement commencer à sortir dans les parterres. Oui, mars c’est un mois de pénitence… C’est vrai que c’est le mois du carême…

Le carême ! Je n’observe pas le carême. Et quand j’étais enfant, non plus. Mais ma mère, elle, quand elle était petite, le carême, c’était sacré ! Pas de bonbons, pas de dessert pendant 40 jours ! Certains hommes, comme mon grand-père, faisaient aussi le sacrifice de l’alcool. Mon grand-père ne buvait presque pas de toute façon. Et je pense que peu de gens savent que le Vendredi saint, la vente d’alcool était interdite dans toute la province de Québec ! Dans les épiceries, les comptoirs de bière étaient recouverts d’une grande toile pour en interdire l’accès.

Pendant le carême, on ne vendait pas d'alcool dans les épiceries, au Québec.
Pendant le carême, on ne vendait pas d’alcool dans les épiceries, au Québec.

Ma mère a grandi dans un Québec très catholique. Les années 50, c’était encore la période de la Grande Noirceur ! Le Québec en a fait du chemin depuis ce temps-là !

Ma mère raconte que quand elle était jeune, l’alcool, c’était surtout une affaire d’hommes. Sa mère ne buvait pas, sauf un petit verre de vin de pissenlit dans les occasions spéciales. Les hommes buvaient surtout de la bière. Et ils pouvaient aller la boire dans un lieu qui leur était réservé, loin du regard de leurs femmes, de leurs blondes et de leurs mères : les tavernes !

Mais on vendait de l’alcool aux enfants ! Et même des cigarettes. Ma mère me raconte souvent comment elle et son ami, allaient à l’épicerie du coin faire les commissions de leurs pères.

À l'épicerie du coin, dans les années 1950.
À l’épicerie du coin, dans les années 1950.

On ne verrait pas ça, aujourd’hui. Mais c’est vrai qu’à cette époque, l’épicier du coin connaissait toutes les familles et leurs enfants. Il savait à qui il pouvait faire confiance.

Le Québec a commencé à changer, à bien des égards, dans les années 60, mais c’est en 1970, seulement, que les brasseries ont obtenu le droit d’ouvrir leur porte aux femmes. Un des premiers endroits à avoir fait ce changement a été Le Gobelet, dans le nord de la ville, sur la rue Saint-Laurent. Un établissement célèbre à Montréal à l’époque, réputé pour son choix de bière, son décor et sa bouffe de style québécois. Ma mère a fêté plusieurs fins de sessions avec d’autres étudiants dans le sous-sol de cette brasserie accueillante pour les jeunes.

En 1971, l’âge légal pour consommer de l’alcool est passé de 21 ans à 18 ans. Les amis de ma mère, comme bien des jeunes, fréquentaient surtout le Vieux-Montréal et la rue Saint-Denis. Les endroits où il était possible d’aller prendre un verre, garçons et filles ensemble augmentaient rapidement : bars, brasseries, hôtels, cafés (avec permis de boisson), etc. Certaines tavernes prenaient même la peine de faire des sondages sur l’inclusion ou non des femmes. Ils installaient des listes de feuilles sur les portes de leur établissement, sur lesquelles les gens, hommes et femmes, pouvaient donner leur avis sur le sujet. Les commentaires n’étaient pas toujours très polis à l’égard des femmes… Mais si l’avis était favorable, le propriétaire installait alors une grande affiche sur la taverne sur laquelle on pouvait lire : « Bienvenue aux Dames » .

Même si ma mère et ses amies, curieuses de pouvoir enfin voir l’intérieur de certaines tavernes de quartier, sont allées parfois y prendre une bière, en général, elles les évitaient.

Bienvenue aux Dames! Dans les années 70, les tavernes ouvrent leur porte aux dames.
Bienvenue aux Dames! Dans les années 70, les tavernes ouvrent leur porte aux dames.

Si en 1979, une nouvelle loi stipule que toute nouvelle taverne devra maintenant accepter les femmes, ce n’est qu’en 1986, qu’une loi forcera toutes les tavernes, anciennes et nouvelles, à accepter les femmes. Ce qui n’a pas fait, bien sûr, l’affaire de tout le monde.

En 1986, une loi empêche les tavernes d'interdir l'accès aux femmes.
En 1986, une loi empêche les tavernes d’interdir l’accès aux femmes.

Avec tous ces changements, les jeunes de l’époque de ma mère pouvaient donc boire en toute liberté et ils ne s’en sont pas privés. Aller prendre une bière, la fin de semaine, était devenu un type d’activités, un but en soi.

Puis tranquillement, le vin a aussi fait sa place. Les épiceries ont obtenu le droit de vendre du vin en 1978 et les SAQ (Société des Alcools du Québec) ont commencé à ouvrir de plus en plus de succursales et à incorporer un volet éducatif dans leurs entreprises. Les goûts ont changé et ma mère, dont la boisson de choix était la bière quand elle était dans la vingtaine, boit maintenant surtout du vin.

Alors que ma grand-mère ne buvait pas d’alcool (ou presque pas), ma mère, elle, en boit régulièrement. Elle boit du vin tous les jours, en apéro et avec son repas du soir. Et elle n’est pas la seule dans son cas. . Les femmes de sa génération font de même, ainsi que les femmes des générations suivantes, la mienne y comprise.

C’est drôle. Je n’avais jamais réfléchi à tout ça avant aujourd’hui. Dans mon cas, l’alcool a toujours été présent autour de moi. Mais pour ma mère et sa génération, la possibilité de boire et d’acheter de l’alcool a été gagnée petit à petit et souvent suite à de nombreux débats, à des combats même. Un combat féministe, aux yeux de ma mère.

Et moi qui peux en boire comme j’en veux et où je veux, je fais le choix d’arrêter d’en prendre… Pour un an… Parce que moi, j’ai le choix.
22 h

Quand j’ai eu fini d’écrire mon journal, cet après-midi, j’ai voulu mettre le chat dehors. Il était introuvable. Je ne l’ai pas revu de la journée. Il est caché quelque part dans l’appartement. J’arrête de chercher pour ce soir. Il sortira bien de sa cachette, demain, quand il aura faim… De toute façon, il fait tellement froid, ce soir… J’ai du coeur, après tout !

Ma mère n'est pas alcoolique !
Ma mère n’est pas alcoolique !

Note de l’auteure: N’oubliez pas de consulter la section liens de mon site. Et cette semaine, certains mots sont même expliqués dans la section À propos de la langue.

L’alcool fait vieillir !

15 mars 2014

La réaction de mes collègues au party de bureau m’a un peu secouée. Mais, durant la semaine, personne ne m’a reparlé de ma décision de ne pas boire. Pas devant moi, en tout cas. Devant moi, on n’a parlé que de l’incident entre Sylvie et Paul. D’ailleurs, Paul a dû partir rapidement pour un voyage d’affaires non prévu et Sylvie, sa secrétaire/assistante, est très, très, très occupée par du classement qu’elle continue de faire même pendant l’heure du dîner. À chacun ses cachettes…

Je pense que ma décision de ne pas boire commence à me peser. J’ai comme un vague à l’âme dont je n’arrive pas à me défaire. Et je commence à trouver ma vie un peu trop calme. J’ai envie de m’amuser, de rire… J’ai envie d’un souper au resto entre filles.

Avec Marie, France et Denise…

Vendredi soir, donc, je passe prendre Marie chez elle. France et Denise, elles, viennent chacune de leur côté, nous rejoindre à un restaurant grec sur Duluth. Ça me rassure un peu que Marie soit là, ce soir. Elle, elle ne boit jamais. Elle n’aime pas ça.

On soupe dans une restaurant grec de la rue Duluth
On soupe dans une restaurant grec de la rue Duluth

France a oublié que j’avais arrêté de boire. En fait, pas vraiment oublié puisqu’elle dit d’un air surpris : « Je pensais que ça t’aurait passé… ». Je ne réponds pas. Je ne sais pas quoi répondre. De toute façon, ce n’est pas une question. Juste un commentaire un peu… un peu sarcastique ?

Le serveur s’approche de la table pour déboucher la bouteille de vin blanc que Denise a apportée. Alors que Jean-Marc, lui, n’avait pas fait de cas au resto du fait que je ne buvais pas, Denise et Marie, elles, semblent un peu gênées. Elles s’excusent d’avance auprès du serveur

Mieux vaut prévenir le serveur...
Mieux vaut prévenir le serveur…

Pendant que Marie va au petit coin, Denise commence à me questionner sur ma décision de ne pas boire qu’elle ne comprend pas du tout. Je lui réponds que je préfère ne pas parler de ça maintenant. Et j’ajoute que, d’ailleurs, Marie, elle ne boit jamais et personne n’en fait de cas. Ce n’est jamais un sujet de conversation.

C'est bizarre une fille qui ne boit pas du tout...
C’est bizarre une fille qui ne boit pas du tout…

Marie dit toujours que c’est simplement qu’elle n’aime pas l’alcool et c’est vrai. Mais c’est vrai aussi qu’il y a eu un incident quand nous étions très jeunes, elle et moi.

C’était la fin de l’été, à la rentrée scolaire. Marie avait eu 18 ans pendant l’été. La dernière de notre groupe d’amies à atteindre la majorité. Nous avions donc toutes le droit d’entrer dans les bars légalement. Comme il faisait extrêmement beau, nous sortions tous les soirs profiter des terrasses de la rue St-Denis.

Boire sur les terrasses de Montréal, en été.
Boire sur les terrasses de Montréal, en été.

Nous étions fières de pouvoir boire en public, comme les autres adultes autour de nous. Nous nous trouvions belles, sophistiquées, très « cool ». Mais, Marie, elle ne buvait jamais. Elle prenait toujours un « Shirley Temple ». Et ça nous gênait un peu… Un peu, beaucoup, même. On trouvait qu’elle faisait un peu « habitante ». Et on pensait que ça ternissait probablement notre image de filles… émancipées.

Un soir, l’une de nous a eu l’idée géniale de lui suggérer d’essayer du pastis.

Pastis et bonbons à la réglisse.
Pastis et bonbons à la réglisse.

Elle a cédé. Elle a bu son verre et dit qu’elle ne ressentait rien du tout. Pas d’effet. L’une de nous a dit que c’était parce qu’il n’y avait pas beaucoup d’alcool dans le pastis. Elle riait. Elle était contente. On riait aussi. On avait trouvé la boisson idéale pour Marie ! Elle en a commandé un autre. Puis, un gars dans la salle lui en a envoyé un troisième. Marie est très jolie. Une beauté sans maquillage, naturelle.

Un gars envoie un autre pastis à Marie.
Un gars envoie un autre pastis à Marie.

Elle a bu les deux verres. Elle a continué à dire que ça ne lui faisait pas d’effet. Mais, elle riait fort et de tout. Nous n’y faisions pas attention. Nous étions tellement bien! La soirée était belle. Une de ces belles soirées chaudes de fin d’été au Québec quand on a l’impression que toute la jeunesse est assise aux terrasses en train de prendre gaiement un verre.

Marie chambranle après trois verres de pastis.
Marie chambranle après trois verres de pastis.

Et c’est en se levant que Marie a réalisé que le pastis lui faisait probablement de l’effet. Elle est devenue blanche, presque verte. Elle a bravement marché jusqu’aux toilettes en s’appuyant discrètement sur moi. Le visage impassible. Le regard fixe.

En arrivant aux toilettes, elle m’a poussée pour rentrer avant moi. J’ai verrouillé la porte…

Entre amies, on s'aide.
Entre amies, on s’aide.

Marie a été malade. Ben malade. Je lui ai tenu le front, je lui ai mis de l’eau froide dans le cou. Les gens frappaient à la porte. Mes amies sont venues voir ce qu’il se passait. Je n’osais pas la laisser seule. Elle vomissait et pleurait en même temps. On a finalement réussi à la convaincre de se lever et on l’a ramenée chez moi en taxi.

Une fois, chez moi, elle s’est écroulée par terre dans ma chambre. Je l’ai installée avec des couvertures, un oreiller et un bol à côté d’elle. Je l’ai surveillée une bonne partie de la nuit. J’avais peur et je ne savais pas trop quoi faire.Le lendemain matin, quand je me suis réveillée, elle était assise par terre. Elle se tenait la tête à deux mains.

Marie confirme qu'elle n'aime pas l'alcool.
Marie confirme qu’elle n’aime pas l’alcool.

Ce n’était pas une promesse d’ivrogne. Elle n’a jamais repris d’alcool. Sous aucune forme. Elle n’aime pas les desserts aromatisés à l’alcool, non plus. Pendant longtemps, je me suis sentie coupable de l’avoir encouragée à boire du pastis. Elle a toujours dit que ce n’était pas de notre faute. Juste de la sienne. Le pire c’est qu’on pensait vraiment lui rendre service en la poussant à essayer l’alcool. On pensait l’aider à grandir, à vieillir. On faisait son éducation. On voulait la rendre plus sophistiquée. Nous étions jeunes et bien naïves.

Je n’allais pas raconter cette histoire aux autres. C’est un souvenir qui appartient à Marie. Alors, j’ai dit que Marie ne buvait pas simplement parce qu’elle n’aimait pas ça. C’est tout…

Le sobre est un éternel enfant ?
Le sobre est un éternel enfant ?

Quand Marie est revenue à la table, on a changé de sujet de conversation. La soirée a quand même été bien agréable. France et Denise étaient bien animées et nous ont raconté plein d’histoires amusantes, en s’interrompant l’une, l’autre, d’ailleurs. Elles avaient le rire facile. Il faut dire qu’elles ont presque fini la deuxième bouteille de vin. À la fin du repas, elles ont pris un café pour se remettre un peu d’aplomb. Et c’est là, qu’elles ont découvert quelque chose d’autre au sujet de Marie.

Marie n'aime pas le café, non plus.
Marie n’aime pas le café, non plus.

Au restaurant, sans vin, ni champagne.

22 février 2014

La semaine dernière, le 14 février, j’ai célébré la Saint-Valentin avec mon chum, dans un restaurant super chic, sans vin, ni champagne ! Ma première sortie au restaurant depuis que j’ai cessé de boire ! J’avais assuré Jean-Marc que ça ne me causerait aucun problème. J’allais me concentrer sur la bouffe qui est, paraît-il, excellente ! Et c’est vrai, qu’assise dans le salon, chez moi, je me sentais forte et sûre de moi. Le goût de l’alcool ne me manque plus. Enfin, presque plus…

Mais une fois dans l’auto, en route vers le restaurant, des doutes m’assaillent. Je commence à penser au champagne bien sec que je ne boirai pas, au verre de vin blanc, sec aussi, mais velouté, dont je devrai me passer. Je peux même m’en imaginer non seulement le goût, mais aussi le petit effet euphorisant. Plus j’y pense, plus j’en ai envie. Et je pense aussi à Jean-Marc qui trouve que boire seul alors qu’on célèbre la Saint-Valentin, c’est un peu plate…

En route vers le restaurant, j'ai des doutes.
En route vers le restaurant, j’ai des doutes.

Et puis aussi, c’est fou, je sais, mais je me sens mal à l’aise par rapport au restaurant. Aller au restaurant et ne pas boire… Surtout un grand restaurant ! Est-ce que ça se fait ? On s’attend à ce que tu prennes du vin, n’est-ce pas ? Est-ce que les serveurs ne vont pas me trouver un peu… habitante ?

Aussitôt entrés, une charmante hôtesse en talons aiguilles et robe moulante noire nous accueille. Elle nous accompagne à notre table où un serveur nous attend déjà. On nous offre un apéritif. Mais, Jean-Marc demande immédiatement la carte des vins et veut parler avec le sommelier. Ils ont bien un sommelier, non ? Mon chum est un connaisseur…

Le sommelier, homme distingué, présente à Jean-Marc une immense carte des vins. Et entre les deux, une longue discussion commence. Un combat d’experts. Quant à moi, tenue à l’écart de cette conversation, j’absorbe tranquillement l’ambiance.

Le restaurant est superbe ! Illuminé et fleuri ! Des couleurs d’or et de rouge, bien sûr. C’est la Saint-Valentin. Les clients aussi sont beaux et bien habillés. Les conversations semblent joyeuses, les têtes sont rapprochées et la lumière brille sur les verres de cristal. Même mon chum est adorable dans sa chemise simple, mais élégante. Et il a l’air si cultivé dans sa discussion avec le sommelier ! Et moi aussi, je suis belle, ce soir ! Et moi aussi, j’aurai l’air sophistiqué avec un verre de champagne à la main, un champagne choisi avec soin par mon merveilleux chum. Alors, je me penche vers lui, pour lui chuchoter que pour ce soir, je ferai une exception. Nous lèverons, nous aussi, un verre de champagne à notre bonheur, nous participerons à ce merveilleux spectacle !

Madame ne boit pas ? Elle a un problème ?
Madame ne boit pas ? Elle a un problème ?

Je suis sidérée! Je suis rouge… de honte, d’abord, puis de colère. Non, je ne participe pas au défi « Les 28 jours les plus longs de ta vie ». Non, je ne suis pas alcoolique. Et J’arrête pour un an, moi. Mais, je n’ai pas à m’en expliquer. Mes raisons ne le regardent pas. Et si on ne boit ni vin, ni champagne, on n’a rien à boire ? C’est faux, j’en suis certaine, et ridicule. Quel mépris dans les remarques de ce sommelier! Et avec ma colère, la tentation de boire passe. Ma bulle vient d’éclater. Je n’ai rien à chuchoter à l’oreille de mon chum. Je boirai de l’eau, c’est tout.

 

De l'eau, s.v.p.
De l’eau, s.v.p.

Mais, je ne vais pas laisser un sommelier hautain et malpoli gâcher notre soirée de la Saint-Valentin ! Je me concentre donc sur la bouffe qui est véritablement excellente. Fine, mais goûteuse. Et la présentation des plats est superbe : colorée et innovatrice. Et puis, il y a Jean-Marc. Mon Jean-Marc. ! Je regarde mon chum. Il est tellement beau, fin. Je suis heureuse et chanceuse d’être avec lui. Est-ce parce qu’il a été parti si longtemps que je lui trouve tant de charme, ce soir ? Il m’a manqué énormément. Pendant, son absence, toute mon énergie était occupée à ne pas boire. Mais maintenant, le plus difficile est passé, je crois. Et mon chum est revenu. Je glisse ma main sur la table et je prends la sienne. Je la serre un peu. Il me sourit, me regarde les yeux amoureux et me dit :

 

À quoi pense mon chum ? À mon abstinence.
À quoi pense mon chum ? À mon abstinence.

J’ai laissé passer. Je n’ai rien dit de plus. J’ai continué à essayer d’être gaie, d’oublier le fait que je ne buvais pas. D’oublier que mon chum pensait au fait que je ne buvais pas. D’oublier qu’il trouvait probablement ça plate que je ne boive pas. Mais, j’avais l’impression qu’il y avait comme un mur entre nous. Comme si mon abstinence était une chose tangible. Était-ce mon imagination ?

C’est moi qui ai conduit pour rentrer à la maison. Mon chum a dit : « Je suis capable ! » Moi, j’ai fait un calcul rapide de tout l’alcool qu’il avait bu : champagne, vin et digestif. Et, j’ai dit : « Non. Laisse-moi faire. Repose-toi. La soirée n’est pas finie… »

Le lendemain matin, nous avons fait la grasse matinée. En me serrant dans des bras, Jean-Marc m’a dit : « C’était extraordinaire, le souper au restaurant, hier soir, non ? Tu avais raison : ta décision de ne pas boire n’est pas du tout un problème ! Et ce sommelier ! Charmant et connaisseur ! Un restaurant à retenir ! »

Oui, je le retiens ce restaurant et son sommelier ! Je n’ai rien dit. Mais ça m’a fait réfléchir. Est-ce que Jean-Marc disait ça pour me rassurer, me réconforter ? Ou bien est-ce que lui et moi avons vraiment vécu cette soirée de façon différente ? Est-ce possible ? Ou bien est-il si centré sur lui-même, sur son expérience personnelle, qu’il est incapable d’être sensible à la mienne ?

Et j’ai repensé à mon souper avec Solange, mon repas avec France, à la visite de Jeanne. Depuis que je ne bois plus, je commence à voir mes relations avec les autres sous un autre jour. Est-ce une bonne chose ?

Perdue dans mes pensées, je me préparais à aller faire le café, quand Jean-Marc m’a demandé:

Un an sans alcool. Pourquoi?
Un an sans alcool. Pourquoi?

Je n’ai pas pu lui répondre parce que je n’avais pas de réponse. Oui, pourquoi arrêter de boire pour un an ? Pourquoi pas un mois ? Pourquoi pas pour toujours ? Il faut que je réfléchisse à ça…

Le chum !

8 février 2014

Un homme dans son lit, c'es bon.
Un homme dans son lit, c’es bon.

Je me lève sans réveiller mon chum… J’aurais bien envie de rester au lit avec lui. L’appartement est encore un peu froid. Le lit, lui, est chaud et ce serait bon de me blottir sous les couvertures, les fesses bien collées sur celles de mon chum.  Mais voilà, j’ai trop mal à la tête pour rester au lit. Des maux de tête qui ont commencé ces derniers temps et qui me réveillent tôt le matin. Et puis, je veux écrire dans mon journal. Je tiens à documenter mon année de sobriété. Je me suis promis de le faire de façon hebdomadaire. Avec un homme dans mon lit, maintenant, écrire le soir est devenu impossible. Car mon chum est revenu à Montréal depuis une semaine. Il était temps ! Jean-Marc a tellement voyagé que je ne l’ai pas vu du mois de janvier. Le 30 décembre, il a amené ses deux grands ados faire du ski dans le Nord, pour quelques jours. Oui, mon chum est séparé et il a des enfants : Martine et Nicolas. Jean-Marc était déjà séparé quand je l’ai connu. Enfin, il n’a jamais été officiellement marié, mais c’est pareil. Je m’entends bien avec ses enfants. Enfin, comme on peut bien s’entendre avec des ados ! Et j’étais invitée à aller avec eux faire du ski, mais dans ma famille, le Jour de l’An, c’est sacré ! Alors, pas de ski en petite famille reconstituée pour moi ! Aussitôt revenu des Laurentides, Jean-Marc est parti tout de suite pour un voyage de près d’un mois à Silicon Valley. Il travaille en informatique, bien sûr. J’aurais tellement aimé aller avec lui ! Mais, j’étais débordée au travail après les Fêtes et il n’était pas question que je prenne congé. Ce sera pour une autre fois. Il devra y retourner souvent d’après lui. Un mois, sans son chum, c’est long!  Heureusement qu’on a pu se parler en vidéo !

Conversation sur l'ordi. avec mon chum.
Conversation sur l’ordi. avec mon chum.

Mon chum aussi s’est ennuyé. En rentrant de voyage, il est venu directement chez moi !

Un souvenir de Napa!
Un souvenir de Napa!

En fait, j’ai attendu son retour pour lui annoncer que j’avais arrêté de boire. Je préférais avoir cette discussion avec lui, face à face. Mon chum se targue d’être un expert en vin, un fin connaisseur. Il a même suivi des cours d’oenologie et il est très fier de sa petite collection dans son armoire à vin. Et là, sa blonde va lui annoncer qu’elle ne boit plus.

Un vin aphrodisiaque
Un vin aphrodisiaque
Tu fais abstinence?
Tu fais abstinence?

Sa grande frayeur passée, il s’est servi à lui seul un verre de son vin « aphrodisiaque » (comme s’il avait besoin de ça !) et nous nous sommes installés au salon pour discuter calmement.

Es-tu alcoolique?
Es-tu alcoolique?
Un problème d'alcool?
Un problème d’alcool?
Boire en bonne compagnie!
Boire en bonne compagnie!

Mais j’ai réussi à ne pas me fâcher. En fait, je comprends ce qu’il ressent. Un de ses grands plaisirs au restaurant, c’est de se retrouver devant la carte des vins. Il met un grand soin à choisir le vin qui accompagnera bien le repas. C’est sûr que, bon, il aime un peu faire l’étalage de ses connaissances surtout si c’est un restaurant où un sommelier est présent. Ça devient alors toute une cérémonie, presque un spectacle. Mais, je dois admettre qu’il sait bien choisir. Et ça le rend très heureux de voir ma réaction quand je goûte à mon tour au vin sélectionné avec tant de soin et d’amour. Tout un plaisir… que l’on ne partagera plus pour un bout de temps. Alors, je lui ai dit de voir le bon côté des choses. D’abord, il y en aura plus pour lui. Il pourra alors même prendre le petit digestif qu’il n’ose pas s’offrir parce que ça fait un peu trop d’alcool. Comme je ne boirai pas, c’est moi qui prendrai le volant pour rentrer à la maison. De plus, le vin a tendance à m’endormir. Mais comme je serai tout à fait sobre, je lui explique que je serai tout à fait réveillée pour finir la soirée ensemble…

Je ne m'endors pas du tout.
Je ne m’endors pas du tout.

Il a compris… Mais ce soir-là au lit, alors que Jean-Marc dormait, moi, j’étais tout à fait éveillée. Je venais de penser à quelque chose à propos de ce beau restaurant chic… Une pensée angoissante…

Et les serveurs?
Et les serveurs?

Un mois sans alcool! Déjà?

1er février 2014

Je n’ai pas pris d’alcool depuis un mois, déjà ! Un mois ! Je suis heureuse et pas mal fière de moi ! Étonnée, aussi. Comment ai-je fait pour tenir tout un mois ? Les premiers jours, je pensais que je n’y arriverais pas. Puis, après le cinquième jour, j’ai pris une grande décision :

J’arrête d’y penser ! J’arrête de me poser des questions. J’arrête de m’analyser.

Et c’est pour ça que j’ai cessé d’écrire mon journal. Faire un bilan comme ça, jour après jour, ne me faisait que penser encore plus à l’alcool. Alors, j’ai utilisé un autre système : j’ai fait un petit calendrier des mois de janvier et février dans mon journal. Le soir avant de me coucher, je fais simplement une petite coche rose si je n’ai pas bu d’alcool dans la journée. C’est simple ! Et pour le mois de janvier, il ne me manque aucune coche !

Ben, façon de parler… Il y en a sûrement qui pensent qu’il m’en manque une pour vouloir arrêter de boire complètement pour un an.

Je tiens un journal.
Je tiens un journal.

Mais si, après mes premiers jours de sobriété, le mois de janvier a semblé passer plus rapidement, c’est que mes habitudes de vie ont changé. Le temps des Fêtes s’est terminé et je suis retournée au travail. J’ai été débordée. En fait, j’ai passé le mois de janvier un peu comme une zombie. Métro-Boulot-Dodo. Pas le temps de penser ? Parfait !

De plus, au niveau social, le mois de janvier, c’est le calme plat. Facile d’éviter le verre de vin du midi ou encore celui de l’apéro après le travail. Après les excès du mois de décembre et du temps des Fêtes, chacun a ses raisons pour manger son lunch à son pupitre ou encore, pour rentrer directement à la maison après le travail. Tant mieux pour moi !

Les collègues de travail.
Les collègues de travail.

Mais le moment le plus difficile pour moi reste celui de l’apéro. Mon verre de vin en revenant du travail, en préparant mon souper, c’est ce qui me manque le plus ! Alors, je reste au bureau le plus tard possible et je fais provision de plats préparés pour ne pas être tentée de prendre un verre de vin en cuisinant. Moi, qui aimais cuisiner, je mange des plats faits par d’autres,  parfois bons (comme des plats de pâtes cuisinés des épiceries italiennes), parfois moins bons (une poutine, saucisses hot-dog).  J’ai mes endroits préférés.

Une bonne épicerie italienne.
Une bonne épicerie italienne.
Je fais mes provisions de plats préparés.
Je fais mes provisions de plats préparés.

Une fois à la maison, je me dépêche de faire réchauffer mes plats pendant que j’enlève mes vêtements de travail. Je me prépare un petit plateau pour manger devant la télé. Ça aussi, c’est nouveau. Manger en regardant la télé. C’est moins ennuyant quand on vit seule et il me semble que je pense moins à mon verre de vin ainsi. Et avec les calories que j’économise en ne buvant pas d’alcool, je peux me permettre un petit dessert de temps en temps.

Manger en regardant la télé.
Manger en regardant la télé.

Après avoir mangé, le goût d’un verre de vin est passé.

Ensuite, je me mets vite en pyjama pour regarder la fin de mes émissions à la télé.  Mais, je m’endors souvent trop tôt pour en voir la fin. Avant aussi, je m’endormais devant la télé… Après avoir bu mon troisième verre de vin… On sait que le bon vin endort. En arrêtant l’alcool, je pensais récupérer mes soirées, être capable de veiller plus tard.

Ça viendra sûrement. Il faut que je me donne le temps. Juste le temps de m’habituer à ne pas boire d’alcool…

Et puis, le mois de janvier, c’est un peu un mois de cocooning, non ?

Demain, mon chum revient de voyage…

Le mois de février sera différent.