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Au restaurant, sans vin, ni champagne.

22 février 2014

La semaine dernière, le 14 février, j’ai célébré la Saint-Valentin avec mon chum, dans un restaurant super chic, sans vin, ni champagne ! Ma première sortie au restaurant depuis que j’ai cessé de boire ! J’avais assuré Jean-Marc que ça ne me causerait aucun problème. J’allais me concentrer sur la bouffe qui est, paraît-il, excellente ! Et c’est vrai, qu’assise dans le salon, chez moi, je me sentais forte et sûre de moi. Le goût de l’alcool ne me manque plus. Enfin, presque plus…

Mais une fois dans l’auto, en route vers le restaurant, des doutes m’assaillent. Je commence à penser au champagne bien sec que je ne boirai pas, au verre de vin blanc, sec aussi, mais velouté, dont je devrai me passer. Je peux même m’en imaginer non seulement le goût, mais aussi le petit effet euphorisant. Plus j’y pense, plus j’en ai envie. Et je pense aussi à Jean-Marc qui trouve que boire seul alors qu’on célèbre la Saint-Valentin, c’est un peu plate…

En route vers le restaurant, j'ai des doutes.
En route vers le restaurant, j’ai des doutes.

Et puis aussi, c’est fou, je sais, mais je me sens mal à l’aise par rapport au restaurant. Aller au restaurant et ne pas boire… Surtout un grand restaurant ! Est-ce que ça se fait ? On s’attend à ce que tu prennes du vin, n’est-ce pas ? Est-ce que les serveurs ne vont pas me trouver un peu… habitante ?

Aussitôt entrés, une charmante hôtesse en talons aiguilles et robe moulante noire nous accueille. Elle nous accompagne à notre table où un serveur nous attend déjà. On nous offre un apéritif. Mais, Jean-Marc demande immédiatement la carte des vins et veut parler avec le sommelier. Ils ont bien un sommelier, non ? Mon chum est un connaisseur…

Le sommelier, homme distingué, présente à Jean-Marc une immense carte des vins. Et entre les deux, une longue discussion commence. Un combat d’experts. Quant à moi, tenue à l’écart de cette conversation, j’absorbe tranquillement l’ambiance.

Le restaurant est superbe ! Illuminé et fleuri ! Des couleurs d’or et de rouge, bien sûr. C’est la Saint-Valentin. Les clients aussi sont beaux et bien habillés. Les conversations semblent joyeuses, les têtes sont rapprochées et la lumière brille sur les verres de cristal. Même mon chum est adorable dans sa chemise simple, mais élégante. Et il a l’air si cultivé dans sa discussion avec le sommelier ! Et moi aussi, je suis belle, ce soir ! Et moi aussi, j’aurai l’air sophistiqué avec un verre de champagne à la main, un champagne choisi avec soin par mon merveilleux chum. Alors, je me penche vers lui, pour lui chuchoter que pour ce soir, je ferai une exception. Nous lèverons, nous aussi, un verre de champagne à notre bonheur, nous participerons à ce merveilleux spectacle !

Madame ne boit pas ? Elle a un problème ?
Madame ne boit pas ? Elle a un problème ?

Je suis sidérée! Je suis rouge… de honte, d’abord, puis de colère. Non, je ne participe pas au défi « Les 28 jours les plus longs de ta vie ». Non, je ne suis pas alcoolique. Et J’arrête pour un an, moi. Mais, je n’ai pas à m’en expliquer. Mes raisons ne le regardent pas. Et si on ne boit ni vin, ni champagne, on n’a rien à boire ? C’est faux, j’en suis certaine, et ridicule. Quel mépris dans les remarques de ce sommelier! Et avec ma colère, la tentation de boire passe. Ma bulle vient d’éclater. Je n’ai rien à chuchoter à l’oreille de mon chum. Je boirai de l’eau, c’est tout.

 

De l'eau, s.v.p.
De l’eau, s.v.p.

Mais, je ne vais pas laisser un sommelier hautain et malpoli gâcher notre soirée de la Saint-Valentin ! Je me concentre donc sur la bouffe qui est véritablement excellente. Fine, mais goûteuse. Et la présentation des plats est superbe : colorée et innovatrice. Et puis, il y a Jean-Marc. Mon Jean-Marc. ! Je regarde mon chum. Il est tellement beau, fin. Je suis heureuse et chanceuse d’être avec lui. Est-ce parce qu’il a été parti si longtemps que je lui trouve tant de charme, ce soir ? Il m’a manqué énormément. Pendant, son absence, toute mon énergie était occupée à ne pas boire. Mais maintenant, le plus difficile est passé, je crois. Et mon chum est revenu. Je glisse ma main sur la table et je prends la sienne. Je la serre un peu. Il me sourit, me regarde les yeux amoureux et me dit :

 

À quoi pense mon chum ? À mon abstinence.
À quoi pense mon chum ? À mon abstinence.

J’ai laissé passer. Je n’ai rien dit de plus. J’ai continué à essayer d’être gaie, d’oublier le fait que je ne buvais pas. D’oublier que mon chum pensait au fait que je ne buvais pas. D’oublier qu’il trouvait probablement ça plate que je ne boive pas. Mais, j’avais l’impression qu’il y avait comme un mur entre nous. Comme si mon abstinence était une chose tangible. Était-ce mon imagination ?

C’est moi qui ai conduit pour rentrer à la maison. Mon chum a dit : « Je suis capable ! » Moi, j’ai fait un calcul rapide de tout l’alcool qu’il avait bu : champagne, vin et digestif. Et, j’ai dit : « Non. Laisse-moi faire. Repose-toi. La soirée n’est pas finie… »

Le lendemain matin, nous avons fait la grasse matinée. En me serrant dans des bras, Jean-Marc m’a dit : « C’était extraordinaire, le souper au restaurant, hier soir, non ? Tu avais raison : ta décision de ne pas boire n’est pas du tout un problème ! Et ce sommelier ! Charmant et connaisseur ! Un restaurant à retenir ! »

Oui, je le retiens ce restaurant et son sommelier ! Je n’ai rien dit. Mais ça m’a fait réfléchir. Est-ce que Jean-Marc disait ça pour me rassurer, me réconforter ? Ou bien est-ce que lui et moi avons vraiment vécu cette soirée de façon différente ? Est-ce possible ? Ou bien est-il si centré sur lui-même, sur son expérience personnelle, qu’il est incapable d’être sensible à la mienne ?

Et j’ai repensé à mon souper avec Solange, mon repas avec France, à la visite de Jeanne. Depuis que je ne bois plus, je commence à voir mes relations avec les autres sous un autre jour. Est-ce une bonne chose ?

Perdue dans mes pensées, je me préparais à aller faire le café, quand Jean-Marc m’a demandé:

Un an sans alcool. Pourquoi?
Un an sans alcool. Pourquoi?

Je n’ai pas pu lui répondre parce que je n’avais pas de réponse. Oui, pourquoi arrêter de boire pour un an ? Pourquoi pas un mois ? Pourquoi pas pour toujours ? Il faut que je réfléchisse à ça…

Les amies. Fêter sans alcool ?

5 janvier 2014

10 h

Je me suis levée, ce matin, avec un énorme sentiment de culpabilité envers France.

J’ai l’impression d’avoir gâché notre soirée ensemble, de l’avoir laissé tomber.

Et ça me chicote d’autant plus que ce soir, c’est le souper d’anniversaire d’une autre amie, une amie d’enfance, Solange. Nous avons pratiquement le même âge. Je suis née quelques semaines avant elle. Et nous fêtons cette année un anniversaire important : nous changeons de décennie ! Nous avions décidé, il y a déjà plusieurs années, de célébrer cet évènement sans fanfares, ni trompettes, avec simplement un petit souper à deux chez elle. Oui, juste nous deux ! Toute une soirée pour passer en revue nos souvenirs, les bons et les moins bons, les drôles comme les tristes. Et bien sûr, le tout accompagné d’une bouteille de champagne ou deux…

Je dois absolument l’avertir de ma résolution du Nouvel An avant notre souper. La prévenir qu’elle boira le champagne seule… Un téléphone pas facile à faire.

Un téléphone pas facile à faire
Un téléphone pas facile à faire

Les silences de Solange au téléphone ne veulent peut-être rien dire, mais moi j’y lis beaucoup. J’y lis l’incompréhension, le doute, la déception…

Pourtant, il y aura tout ce qu’il faut pour passer une excellente soirée d’anniversaire : un bon petit repas dans sa belle cuisine ; une conversation entre amies ; des souvenirs, des secrets que nous seules connaissons ; des rires et des fous rires. J’apporte aussi son gâteau préféré et je lui ai trouvé un cadeau extraordinaire qu’elle va adorer.

Et nous pourrons quand même lever un verre à toutes ces années d’amitié. Elle, avec son champagne, moi, avec… de l’eau pétillante. De l’eau pétillante dans une flûte à champagne ?

Mais pourquoi est-ce que toute cette soirée me semble colorée, en fait, ternie plutôt, par mon abstinence ?

Cette résolution, cette décision que je croyais personnelle a aussi, je le vois bien, un impact sur les gens autour de moi. Ça va changer ma vie, mais aussi celle des autres.

Enfin, c’est l’impression que j’ai. Est-ce vraiment le cas ?

17 h

En me préparant pour aller chez Solange, je pense à tout ça, encore et encore. Est-ce que par ma décision de ne pas boire, je ne me trouve pas à punir Solange ? Est-ce que son anniversaire ne sera pas moins agréable du fait que je ne bois pas ? Du fait qu’on ne peut pas sabler le champagne ensemble ?

Est-ce que je suis égoïste ? Ai-je le droit de lui faire ça ?

Je pars pour son souper d’anniversaire le coeur gros et les idées bien mélangées.

Sur mon chemin, il y a une SAQ.
Sur mon chemin, il y a une SAQ.

Mon sentiment de culpabilité est trop fort et en passant devant la SAQ de mon quartier, je ne résiste plus. J’achète une bouteille de champagne très chère, à la mesure de la culpabilité que je ressens d’avoir pensé priver ma grande amie du plaisir de lever toutes les deux un verre de champagne aux années qui passent.

En arrivant chez elle, je me rends compte que c’était la bonne chose à faire. Solange aurait, en effet, été très déçue de boire seule.

Nous sablerons le champagne ensemble !
Nous sablerons le champagne ensemble !
On va bien fêter !
On va bien fêter !

23 h 30

Mais finalement… Je n’ai pas sablé le champagne avec elle.

Une fois devant mon verre de champagne, je n’ai pas pu. Je me suis sentie submergée par un terrible sentiment d’échec.

Ce fut très difficile. J’avais le coeur dans l’eau et même un peu honte. Mais j’ai pris le temps de m’expliquer. J’ai parlé tranquillement de mes raisons. Je lui demandé de m’aider à ne pas boire. De me soutenir dans ma décision parce que, après tout, elle est ma grande amie.

Tu n'es pas alcoolique !
Tu n’es pas alcoolique !

Je lui ai dit qu’on aurait quand même du plaisir ce soir et qu’on pourrait être aussi folles que les autres fois…

Ce n’était pas tout à fait vrai… Enfin, pas pour moi.

Une  fois ses premiers verres de champagne avalés, Solange avait plus de pep et moi aussi. En fait, elle a même fini la bouteille ! La soirée a été enjouée, mais moins électrisante que par le passé.

Et je suis rentrée chez moi plus tôt que d’habitude.

Peut-être que j’aurais pu mieux planifier le « timing » de ma résolution. Mais est-ce qu’il y a un moment idéal pour arrêter de boire ? Est-ce qu’il n’y aura pas toujours quelque chose à fêter ? Une occasion pour laquelle il faudra absolument lever un verre de champagne ou de vin ?

Et en me mettant au lit, j’ai repensé à deux choses que Solange a dites, ce soir :

À propos de deux choses que Solange a dites, ce soir.
À propos de deux choses que Solange a dites, ce soir.