Mon “coming out” auprès de mes collègues

8 mars 2014

Hier soir, j’ai fait mon “coming out” auprès de mes collègues de travail. J’ai finalement révélé ma résolution du Nouvel An : je ne boirai pas d’alcool pendant un an.

La sobriété volontaire.
La sobriété volontaire.

Ça fait déjà deux mois que je ne bois plus, mais je n’en avais pas encore parlé au bureau. L’occasion ne s’était jamais présentée. Après les abus du temps des Fêtes, tout le monde est plus ou moins au régime. On mange plus souvent au bureau le midi. Un petit lunch sérieux, comme une petite salade minceur. Et quand parfois, on décide de se payer le resto, comme le vendredi midi, par exemple, personne (ou presque) ne boit d’alcool, vin ou bière.

Je n’ai pas d’amis proches parmi mes collègues de bureau. Et si on se voit parfois en dehors du travail, nos conversations restent assez superficielles. Je vois encore ma décision d’arrêter de boire comme un choix personnel et à part quelques amies choisies, je n’en ai pas parlé autour de moi.

Et puis, je suis un peu superstitieuse. J’ai peur qu’après avoir annoncé ma résolution à la ronde, je ne sois plus capable de la tenir. Et là, j’aurais tellement honte !

Alors, je préfère attendre le plus longtemps possible avant de confier aux gens ma résolution de sobriété. Un peu comme quand pour un bébé, on attend trois mois avant de l’annoncer…

Mais hier soir, il y a eu un party au bureau. On a fini un gros contrat et dans les délais prévus en plus. Alors le client, reconnaissant, nous a envoyé deux caisses de champagne. Donc, vendredi soir, célébration dans les locaux de la compagnie. Un 5 à 7 avec champagne et petites bouchées fancy achetées chez un traiteur du Plateau…

J’ai hésité…

J’avais trois options qui m’auraient permis de garder encore secrète ma résolution

Option 1 : Faire une petite entorse à ma résolution pour cette occasion spéciale. C’était bien tentant. Ce champagne est de qualité et il est gratuit ! Et les bulles sont toutes petites, très légères.

Option 2 : Laisser mes collègues me servir un verre de champagne, en pensant que je serai assez forte pour me promener toute la soirée avec un bon verre sous le nez sans être tentée d’y goûter, d’en boire. Mais je trouvais que c’était un peu risqué.

Option 3 : Faire semblant de boire de l’alcool. Faire comme au party du Jour de l’An dans ma famille. Me promener avec un verre d’eau pétillante dans une coupe à champagne.

Puis j’ai réfléchi… Pourquoi est-ce que je cacherais ma décision ? Est-ce que ce serait si terrible d’annoncer que je ne bois pas ? De quoi ai-je peur, finalement ? C’est une décision personnelle. Et c’est juste un verre de champagne. Juste de l’alcool…

Et j’ai choisi de simplement dire la vérité, sans faire de grande annonce.

La nouvelle fait rapidement le tour du bureau. Certains collègues sont même très heureux de partager leur expérience.

Tu tougheras pas...
Tu tougheras pas…

Ah !!! J’avais oublié l’esprit compétitif du milieu de travail !

Venant de la « Grande Sylvie», ça ne veut pas dire grand-chose, mais ça me secoue quand même un peu. Je préfère m’éloigner discrètement et essayer de trouver des collègues plus encourageants…

J’aperçois du coin de l’oeil une chaise de libre à une table où sont réunis certains des membres de ma petite équipe de travail. D’ailleurs, il me semble qu’ils me font signe. Ils ont tous la tête tournée dans ma direction.

Mon équipe s'inquiète.
Mon équipe s’inquiète.

Ils me regardaient peut-être avant que j’arrive mais maintenant que je suis assise avec eux, ils ne me regardent plus. Ils me parlent mais sans me regarder.

Je suis estomaquée ! Ma propre équipe se méfie de moi, maintenant ? Simplement parce que je ne lève pas un verre de champagne avec eux ? Je pourrais argumenter, mais il y a trop d’agressivité dans l’air. Et je suis tellement ébranlée que je ne me fais pas confiance. J’ai peur d’avoir de la difficulté à garder un ton professionnel. Un party de travail, ça reste du travail.

Incapable de changer le sujet de conversation, je me cherche un prétexte pour quitter la table. Je dis la première chose qui me vient à l’esprit :

Je refais le plein d'eau?
Je refais le plein d’eau?

Encore ébranlée par la réaction des membres de mon équipe, je me promène timidement d’un groupe à l’autre. Mais finalement, ça va plutôt bien. On parle de tout et de rien, mais pas de ma résolution. Je respire un peu mieux.

Les rumeurs du bureau
Les rumeurs du bureau

Et voilà ! J’aurais dû y penser. Dans mon dos , les rumeurs vont bon train. On ne croit pas que j’arrête de boire sans y être obligée par des circonstances importantes. Se priver d’alcool sans être obligé de le faire, c’est fou. Oui, c’est ça… Je suis folle. Ou alors, je cache quelque chose de terrible. Ou bien, pire, je mens !

J’ai une envie terrible de rentrer chez moi, mais je n’ose pas. Je sais qu’on parlera de moi dans mon dos. Déjà que je ne bois pas, si je pars trop tôt, on dira que je ne suis vraiment pas « game ». Je prends mon mal en patience. Et je décide de faire ce dont on me soupçonne de toute façon : j’observe mes collègues

Tout le monde semble avoir du plaisir. Avec l’alcool, tout est un peu plus drôle. Les inhibitions tombent. On rit plus facilement des blagues plates des autres. On se tape dans le dos. On s’embrasse. Je commence à les envier. Je réalise que depuis ces deux courts mois d’abstinence, mes soirées me semblent moins drôles… J’aurais envie d’avoir du plaisir moi aussi. De faire partie de la gang. Tout à coup, une vague de tristesse me submerge…

Réponse à un épais!
Réponse à un épais!

Ah, que ça fait du bien ! Ma tristesse a fait place à la colère. Mais, encore une fois, j’ai pas eu besoin d’alcool pour dire quelque chose que je vais regretter demain matin. Mais, comme je suis sobre, c’est différent : je le regrette déjà !

Il est plus que temps que je parte…

Je regarde autour de moi en mettant mon manteau. Les gens boivent plus que d’habitude. En général, dans nos parties de bureau, les collègues boivent, mais pas autant que ce soir, il me semble. Est-ce mon imagination ou c’est vraiment différent ?

Les collègues se divisent en deux groupes : ceux qui boivent trop et ceux qui boivent beaucoup trop. Le niveau de bruit augmente rapidement. Ça parle fort. Ça rit fort aussi. Ça se colle un peu plus. Il commence même à y avoir des verres qui se renversent. C’est pas grave, il y a encore du champagne.

On dirait que le 5 à 7 va se transformer en 5 à minuit, ou plus…

Je ne suis pas la seule à quitter le party. Nos deux patrons aussi ont leur manteau sur le dos.  Ils laissent gentiment les employés fêter entre eux. Paul ajoute inoccemment que sa femme l’attend à la maison.

La réaction de la Grande Sylvie, sa secrétaire, est fulgurante !

Sylvie, la secrétaire et Paul, le patron.
Sylvie, la secrétaire et Paul, le patron.

Grand silence ! Personne n’ose parler, ni se regarder. Mais tout le monde pense la même chose. Les rumeurs étaient donc vraies ! Je ne veux pas voir la suite des évènements. C’est mon signal de partir ! Je me sauve, mais… moins vite que Paul.

Une fois à la maison, je me suis mise au lit rapidement. Mais j’ai eu du mal à m’endormir. Une question tournait dans ma tête :

Deux rumeurs.
Deux rumeurs.

Je ne sais pas si c’est l’abstinence qui me rend cynique…

 

2 thoughts on “Mon “coming out” auprès de mes collègues

  1. Je n’ai pas connu ces milieus-là, n’ayant pas travaillé dans les bureaux. Mais, je peux voir qu’il y a un énorme “peer pressure” et la pauvre Catherine doit affronter elle-même et les “amis” dans sa nouvelle volonté d’arrêter de boire. Cela est bien rendu par le minimum de conversation échangé et par l’attitude que chacun prend devant ce nouveau fait dans les dessins du BD.
    Je voudrai certainement lire le reste pour savoir comment l’histoire va se développer. Ma chère Danièle, tu as fait un travail admirable et ce BD a davantage de profondeur que les autres, à mon avis.

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