Les amies. Fêter sans alcool ?

5 janvier 2014

10 h

Je me suis levée, ce matin, avec un énorme sentiment de culpabilité envers France.

J’ai l’impression d’avoir gâché notre soirée ensemble, de l’avoir laissé tomber.

Et ça me chicote d’autant plus que ce soir, c’est le souper d’anniversaire d’une autre amie, une amie d’enfance, Solange. Nous avons pratiquement le même âge. Je suis née quelques semaines avant elle. Et nous fêtons cette année un anniversaire important : nous changeons de décennie ! Nous avions décidé, il y a déjà plusieurs années, de célébrer cet évènement sans fanfares, ni trompettes, avec simplement un petit souper à deux chez elle. Oui, juste nous deux ! Toute une soirée pour passer en revue nos souvenirs, les bons et les moins bons, les drôles comme les tristes. Et bien sûr, le tout accompagné d’une bouteille de champagne ou deux…

Je dois absolument l’avertir de ma résolution du Nouvel An avant notre souper. La prévenir qu’elle boira le champagne seule… Un téléphone pas facile à faire.

Un téléphone pas facile à faire
Un téléphone pas facile à faire

Les silences de Solange au téléphone ne veulent peut-être rien dire, mais moi j’y lis beaucoup. J’y lis l’incompréhension, le doute, la déception…

Pourtant, il y aura tout ce qu’il faut pour passer une excellente soirée d’anniversaire : un bon petit repas dans sa belle cuisine ; une conversation entre amies ; des souvenirs, des secrets que nous seules connaissons ; des rires et des fous rires. J’apporte aussi son gâteau préféré et je lui ai trouvé un cadeau extraordinaire qu’elle va adorer.

Et nous pourrons quand même lever un verre à toutes ces années d’amitié. Elle, avec son champagne, moi, avec… de l’eau pétillante. De l’eau pétillante dans une flûte à champagne ?

Mais pourquoi est-ce que toute cette soirée me semble colorée, en fait, ternie plutôt, par mon abstinence ?

Cette résolution, cette décision que je croyais personnelle a aussi, je le vois bien, un impact sur les gens autour de moi. Ça va changer ma vie, mais aussi celle des autres.

Enfin, c’est l’impression que j’ai. Est-ce vraiment le cas ?

17 h

En me préparant pour aller chez Solange, je pense à tout ça, encore et encore. Est-ce que par ma décision de ne pas boire, je ne me trouve pas à punir Solange ? Est-ce que son anniversaire ne sera pas moins agréable du fait que je ne bois pas ? Du fait qu’on ne peut pas sabler le champagne ensemble ?

Est-ce que je suis égoïste ? Ai-je le droit de lui faire ça ?

Je pars pour son souper d’anniversaire le coeur gros et les idées bien mélangées.

Sur mon chemin, il y a une SAQ.
Sur mon chemin, il y a une SAQ.

Mon sentiment de culpabilité est trop fort et en passant devant la SAQ de mon quartier, je ne résiste plus. J’achète une bouteille de champagne très chère, à la mesure de la culpabilité que je ressens d’avoir pensé priver ma grande amie du plaisir de lever toutes les deux un verre de champagne aux années qui passent.

En arrivant chez elle, je me rends compte que c’était la bonne chose à faire. Solange aurait, en effet, été très déçue de boire seule.

Nous sablerons le champagne ensemble !
Nous sablerons le champagne ensemble !
On va bien fêter !
On va bien fêter !

23 h 30

Mais finalement… Je n’ai pas sablé le champagne avec elle.

Une fois devant mon verre de champagne, je n’ai pas pu. Je me suis sentie submergée par un terrible sentiment d’échec.

Ce fut très difficile. J’avais le coeur dans l’eau et même un peu honte. Mais j’ai pris le temps de m’expliquer. J’ai parlé tranquillement de mes raisons. Je lui demandé de m’aider à ne pas boire. De me soutenir dans ma décision parce que, après tout, elle est ma grande amie.

Tu n'es pas alcoolique !
Tu n’es pas alcoolique !

Je lui ai dit qu’on aurait quand même du plaisir ce soir et qu’on pourrait être aussi folles que les autres fois…

Ce n’était pas tout à fait vrai… Enfin, pas pour moi.

Une  fois ses premiers verres de champagne avalés, Solange avait plus de pep et moi aussi. En fait, elle a même fini la bouteille ! La soirée a été enjouée, mais moins électrisante que par le passé.

Et je suis rentrée chez moi plus tôt que d’habitude.

Peut-être que j’aurais pu mieux planifier le « timing » de ma résolution. Mais est-ce qu’il y a un moment idéal pour arrêter de boire ? Est-ce qu’il n’y aura pas toujours quelque chose à fêter ? Une occasion pour laquelle il faudra absolument lever un verre de champagne ou de vin ?

Et en me mettant au lit, j’ai repensé à deux choses que Solange a dites, ce soir :

À propos de deux choses que Solange a dites, ce soir.
À propos de deux choses que Solange a dites, ce soir.

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